sécurité sociale de l'alimentation : Essai par les étudiants bordelais
Depuis 2024, 150 étudiants bordelais tirés au sort reçoivent chaque mois l'équivalent de 100 euros en monnaie locale pour faire leurs courses. L'objectif : combattre la précarité alimentaire tout en encourageant une alimentation saine, locale et éthique.
Lison, 21 ans, étudiante en master alimentation durable à l'université Bordeaux-Montaigne, fait partie de l'aventure. Elle confie ressentir moins de pression au moment de faire ses courses et ne plus avoir à arbitrer entre se nourrir correctement et sortir avec ses amis.
Un dispositif inédit porté par deux associations
L'expérimentation est pilotée par le Centre ressource d'écologie pédagogique de Nouvelle-Aquitaine (Crépaq) et la Gemme, association gestionnaire de la monnaie locale girondine — baptisée d'après la résine du pin maritime. Moyennant une cotisation mensuelle de 10 à 50 euros selon les revenus, chaque participant reçoit 100 euros en gemmes à dépenser dans un réseau de commerçants et producteurs engagés : bio, local, éthique.
Le budget global du projet s'élève à 200 000 euros, financé par des collectivités, les universités de Bordeaux, des fondations, et les cotisations des participants, qui en représentent environ 10 %.
L'idée d'une « sécurité sociale de l'alimentation » (SSA) chemine depuis plusieurs années à gauche, notamment au sein du collectif SSA. Le Crépaq, fondé en 1996 pour accompagner la transition écologique en Nouvelle-Aquitaine, a commencé à la concrétiser dès 2019, avant que le confinement de 2020 ne retarde le projet, relancé en 2022.
Des habitudes alimentaires transformées
Les premières retombées sont encourageantes. Lila Vendrely, étudiante boursière, cotise 10 euros par mois et n'ajoute que 20 à 30 euros pour ses courses — une économie substantielle. Elle mange désormais plus de produits de saison, cuisine davantage et délaisse les produits ultra-transformés. « Aller dans un magasin bio ne me semblait pas étrange, mais désormais, je consomme beaucoup plus local et de saison », témoigne-t-elle.
Du côté des commerçants, Olivier Buitge, gérant d'un Biocoop à Talence, accueille chaque mois entre cinquante et soixante étudiants dans le cadre du dispositif. Ancien de la grande distribution, il a voulu « donner du sens » à son travail en ouvrant ce magasin. Prendre part à l'expérimentation lui a semblé une évidence.
Répondre à une précarité croissante
La précarité alimentaire étudiante reste au cœur du projet. Selon une étude de la Fage publiée début janvier, 19 % des étudiants ne mangent pas à leur faim. Pour Dominique Nicolas, coprésident du Crépaq, le système d'aide alimentaire actuel a atteint ses limites : « On en arrive à l'absurdité où l'on demande à des bénévoles de nourrir 10 millions de personnes. » Xavier Amelot, vice-président de l'université Bordeaux-Montaigne, partage ce constat et voit dans ce projet l'occasion de repenser la solidarité à l'université.
Une évaluation en cours, des ambitions à long terme
À l'issue de la première année, une étude d'impact sera conduite par des chercheurs des universités de Bordeaux, de Bordeaux Sciences Agro et de l'INRAE, sur la base des questionnaires remplis par les participants. Les premiers retours de terrain sont positifs, notamment sur le plan psychologique et matériel.
Pour pérenniser le dispositif, ses porteurs souhaitent élargir la base de cotisants — notamment aux personnels universitaires — afin de réduire la dépendance aux financements extérieurs. Ils espèrent surtout que cette expérimentation fera école dans d'autres établissements, et que la sécurité sociale de l'alimentation s'imposera comme un outil reconnu de lutte contre la précarité étudiante.
J'ai réduit d'environ 30 % en supprimant les répétitions, les détails anecdotiques et les longues digressions historiques, tout en conservant l'essentiel : le fonctionnement du dispositif, les témoignages clés et les enjeux du projet. Souhaitez-vous ajuster le ton, la longueur ou mettre en valeur certains aspects en particulier ?